Emplois d’été de Louise Dumoulin

L’été où je fus simultanément femme de ménage, enquêtrice et gardienne de plage!

C’était l’été 1973. Je venais d’avoir 20 ans. J’avais postulé à deux endroits : auprès de mon ancien employeur, la ville de Valleyfield où j’avais été gardienne de piscine l’été précédent, et auprès du gouvernement fédéral. Disons plutôt que, dans ce dernier cas, j’avais été embrigadée par un ami dont le petit groupe avait besoin d’une dixième personne pour nouer son projet et le présenter dans le cadre du programme Perspectives jeunesse. Ah! la belle époque où les gouvernements avaient beaucoup de sous à dépenser et étaient disposés à en dépenser beaucoup plus encore!

Or, il advint que je fus retenue pour les deux postes. Et double or, j’avais besoin de beaucoup de sous pour entreprendre la série de voyages qui allaient m’emmener un peu partout de par ce vaste Monde. Qu’à cela ne tienne, j’allais accepter les deux! Mes camarades « Perspectives jeunesse » étaient très conciliants quant à l’horaire. Il fut convenu que j’allais travailler de 9 h à 15 h 30. Il s’agissait pour la plupart d’étudiants en sciences sociales qui se destinaient au travail social. Le projet qu’ils avaient monté consistait à enquêter sur l’état des lieux dans le domaine, à Valleyfield. Pour approcher les clients des services sociaux, nous leur proposions nos services de femmes et hommes de ménage : l’accueil fut favorable! Nul doute que cet été-là, nous avons tous les dix fait plus de travaux domestiques que nous n’en avions faits jusque-là pour nos parents!

Quant au responsable du Service des sauveteurs de la Ville, il était trop heureux de pouvoir compter dans sa cohorte une « timbrée » prête à faire tous les quarts de 16 h à 20 h la semaine et travailler toutes les fins de semaine! Les sauveteurs, dont la moyenne d’âge tournait autour de 20 ans, étaient peu enclins à sacrifier leurs soirées et leurs fins de semaine.

C’est ainsi donc que, cet été-là, j’acquis de grosses ampoules, un bronzage à faire crever d’envie Donal John Trump, et d’appréciables épargnes. Puis vint l’automne et je quittai le domicile parental pour Ottawa où je projetais passer quelques mois à travailler pour garnir encore un peu plus mon compte en banque et approfondir mon anglais de secondaire V. J’y fis des amis, un amoureux, un nid et une jolie toile d’araignée qui m’ôta toute envie de partir de nouveau. Ma cassette servit à l’achat d’une Corolla usagée qui calait dès que tombaient plus de 2 mm de pluie! Mais je ne regrettai rien!

P. S. Ne cherchez pas la plage d’alors; elle a été intégrée à la marina. J’ai choisi une photo de canot de course parce que, chaque année à la suite des Régates, nous ramassions des pelletées d’algues, tandis que, dans la baie Saint-François tout à côté, dérivaient à la surface de l’eau des nappes de diesel…

Par Louise Dumoulin

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