Mon oncle Réal

Un récit de Louise « Caouette » Dallaire

Je ne l’appelais pas M. Réal Caouette.  Je l’ai connu très petite et je l’ai toujours appelé mononcle Réal. Il était le frère de ma mère.  Oui! Ma mère faisait partie d’une famille très politisée.  Certains rouges, certains bleus et des blancs…  Les trois partis colorés!  Chaque dimanche, nous allions chez ma grand-mère en après-midi.  Ma grand-mère n’était pas sévère, mais elle avait un règlement lorsque la famille était rassemblée.  Un seul règlement: ‘Pas de politique dans la maison! »  Ça voulait dire en fait, pas de chicane!

Nous passions tous nos étés au bord du lac Duffault à Rouyn-Noranda.  Les deux ainés de la famille Caouette, nos oncles Maurice et Réal, avaient offert un très grand terrain à leurs six frères et sœurs, dont ma mère.  Nos parents ont construit un chalet pour les six familles.  Donc, six ‘cabines’ et une grande salle pour tous y compris les grands-parents.  Nous étions 37 dans le chalet.  Pas besoin de vous dire qu’on y a passé une enfance très heureuse dans la plus grande liberté imaginable entourés de pleins de cousins et cousines.  

Par contre, nous n’avions pas de bateaux.  Sauf celui de mononcle Réal!  Presque chaque jour, il se pointait à l’horizon, traversant le lac avec son immense bateau. Il nous a tous initiés au ski nautique, aux tours de lac. Et en août, il conduisait le groupe de cueilleurs de bleuets de l’autre côté du lac, là où les bleuets étaient surnommés ‘la manne’.  A l’époque, nous étions les seuls à connaître cette talle secrète… Elle s’appelait « la talle à Réal ». Plus maintenant.

L’hiver, c’est en ski-doo qu’il nous emmenait explorer l’arrière-pays.  Il adorait la nature et nous encourageait à partager son enthousiasme.  Puisqu’il avait « quelques ski-doo », nous partions en expédition avec, bien sûr, des provisions et des allumettes pour cuire nos sandwiches.  Que de merveilleux souvenirs!

Mais je ne voudrais pas passer sous silence l’effet de la politique dans nos vies.  J’ai commencé très jeune à suivre les ralliements politiques du crédit social, à aider ma mère à recevoir tous ces politiciens qui débarquaient chez nous.  Mon père était plus qu’un beau-frère, il était un ami fidèle et un croyant dans la doctrine du fondateur du crédit social.  Je me souviens de ses dernières campagnes électorales.  Il était malade, mais il continuait de parcourir le Québec et le Canada entier pour convaincre.  Cela lui redonnait de l’énergie.  Et nous, les neveux et nièces, nous avons pris part à ses parades, ses assemblées politiques en composant des chansons de ralliement et en les chantant en chœur dans des haut-parleurs attachés au toit d’une automobile.  La belle époque!

En fait, je n’ai que de bons souvenirs de mononcle Réal.  Son enthousiasme contagieux a forgé notre enfance et continue de se propager dans la famille malgré le temps qui passe.

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