Pendant mon secondaire, je suis devenu lutteur

Un récit de Jean Caron

À 15 ans, j’avais déjà eu des emplois étudiants chez Methot Sales (piscines) et chez Matériaux Bonhomme (dans la cour à bois). Mais pour l’année scolaire, je désirais revenir à des horaires plus flexibles, tout en gagnant assez pour aider mes parents financièrement. 

Alors, j’ai accepté un emploi chez McDo où, après un mois et avoir mérité les All Stars, on me nomma chef d’équipe. Grâce aux heures de travail très flexibles, j’ai pu continuer mon entraînement au Club de boxe de Hull avec monsieur Huneault, tout en pratiquant le football et la lutte à l’école.

À l’hiver, monsieur Huneault me demanda si la lutte professionnelle m’intéressait. Je n’étais pas certain de comprendre, parce que les lutteurs que je voyais à la télé étaient des hommes mûrs, pas jeunes du tout, sauf Raymond Rougeau, un jeune qui partageait le même style de vie que moi.

Monsieur Huneault m’expliqua alors que je gagnerais entre 25 et 100 $ par combat, soit en figurant en début de programme ou en remplaçant des lutteurs qui ne se présenteraient pas.

Évidemment, à cause de mon âge, il me fallait obtenir la signature de mes parents. Ma mère n’était pas du tout d’accord, mais pas du tout. Mon père, un ancien Golden Glove d’un club de boxe, me demanda si j’avais un entraîneur et si j’avais vraiment le goût de devenir lutteur. Il expliqua à ma mère que c’était surement moins dangereux que le football, la boxe et le hockey. Ma mère accepta finalement, à la condition que je me rende à Montréal avec elle et mon père pour rencontrer Gino Brito, un cousin par alliance.

À Montréal, monsieur Brito m’amena à son gymnase pour évaluer mes prises de lutte olympique et observer ma manière de tomber en faisant beaucoup de bruit, etc. Après deux heures d’exercice, il dit à mes parents qu’il était prêt à me prendre, si je le voulais. Mon père était très fier de moi, ma mère un peu moins.

Dès ce premier hiver, j’ai commencé à lutter, parfois en me cachant sous un masque et souvent à visage découvert. Ma tante Colette me fabriqua un super beau Kimono rouge, avec mon nom CARON bien visible au dos. Je le portais fièrement. L’été suivant, les combats se sont multipliés dans des centres communautaires, dont celui de St-Joseph de Hull, au club de boxe et lutte de l’aréna Bob Guertin, aussi à Aylmer pour un gala en plein air au Centre Glenwood, et à Embrun, Prescott, Kingston, Maniwaki, et d’autres évènements de lutte. 

Évidemment, le centre Guertin était l’endroit le plus rempli et le plus excitant avec les ”vrais pros”, mais aussi le plus dangereux parce la foule lançait des objets de toutes sortes. Quand je portais mon masque, il arrivait que certains veuillent me battre, mais je m’en sortais assez bien.

Je commençais à prendre goût à la lutte, je dirais même un peu trop. On me reconnaissait, c’était flatteur.

À la fin de cet été-là, on me devait 2,400 $, je me pensais riche. Mais c’est une somme que je n’ai finalement jamais reçue parce que le promoteur a fait faillite. Jeune et fougueux, je voulais régler le problème à la façon des lutteurs à la télé, mais mon père me calma, heureusement.

J’ai donc dû reprendre mon emploi chez McDo et augmenter mes heures de travail pour avoir un revenu raisonnable.

Dans l’année qui suivit, j’ai remporté le concours régional de lutte olympique et je suis parti pour les Jeux du Québec à Saint-Georges de Beauce.

Mais c’est là une autre histoire.

Ci-dessous les récits déjà publiés sous la chronique Un emploi d’étudiant un peu particulier.

Un sentier qu’on trace soi-même par Denis Duguay

Un emploi d’étudiant me fait découvrir le Québec par Gilles Bilodeau

L’été où je fus simultanément femme de ménage, enquêtrice et gardienne de plage! par Louise Dumoulin

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