Pierre Bilodeau s’installe en Saskatchewan

Pierre Bilodeau s’installe en Saskatchewan
Par son petit-fils, Gilles

Les Bilodeau de l’Amérique ont pour ancêtre Jacques Billaudeau, né à Pioussay, diocèse de Poitiers, en France. Il arrive au Québec en 1652. Les archives confirment son mariage à Geneviève Longchamp en 1654 et l’achat d’un lot à Saint-Pierre, sur l’Île d’Orléans.

Grâce à des recherches effectuées par Réjean Fontaine, un membre de la Corpo passionné de généalogie, il nous est possible de suivre la migration des Bilodeau vers la Beauce, puis vers la région de Thedford Mines. De là, mon grand-père Pierre Bilodeau ira travailler à Laconia au New Hampshire. En 1902, il épousait Eugénie Brochu, née à Saint-Christophe d’Arthabaska.

Aussitôt marié, le couple louait à Laconia une salle de billard, y ajoutait un petit dépanneur et un salon de barbier. Grand-mère, qui avait suivi des cours d’art ménager au Québec, faisait des tartes qu’elle vendait au dépanneur. Le couple était bien installé, avait déjà trois enfants et réussissait bien financièrement.

Famille de Pierre et Eugénie Bilodeau. Assis : Pierre avec Léo (né en Saskatchewan), Eugénie, Marie-Rose Filteau (une nièce). En arrière : Henri, Béatrice, Wilfrid (mon père).

Pourquoi quitter ce confort pour aller s’établir sur une terre en plein bois dans le nord de la Saskatchewan ? Les raisons sont difficiles à cerner, mais je crois qu’il y a chez plusieurs humains un besoin d’aventure, de défis, de nouveautés. Pierre Bilodeau était certainement de ceux-là. Jeune homme, il quitte le Québec pour tenter sa chance aux États-Unis. Une quinzaine d’années plus tard, il a la bougeotte. Il entend alors l’appel de l’abbé Bérubé, un oblat-recruteur qui parcourt le Québec et l’est des États-Unis pour amener des Canadiens-français à former des paroisses dans l’Ouest. Pour une modique somme de 10 $, le gouvernement canadien offre des « homesteads », une terre de 160 acres, à qui veut bien devenir fermier. De plus, les chemins de fer, pour rentabiliser leurs installations, vantent sans retenue les belles terres de l’Ouest.

Il vend son commerce, dit-on, pour la rondelette somme de 5 000 $US, un montant qui permit à sa famille de se construire une maison, après avoir vécu dans un « shack » pendant quelques années. Il achète également un troupeau de vaches qui auront des veaux.

Malheureusement, les vaches contractèrent une maladie et moururent. Adieu, veau, vache, cochon, couvée. Grand-père est contraint de se chercher de l’emploi dans une fonderie à Trail, en Colombie-Britannique. Pendant son absence d’un an, grand-mère Eugénie voit à la ferme avec ses fils, Wilfrid, âgé de onze ans, et Henri de neuf. Le bébé Léo n’a que deux ans.

Les jeunes Bilodeau n’ont pas fréquenté l’école pendant leur enfance parce que la ferme se trouvait à l’extérieur du district scolaire de Debden. Flora Paquette, une voisine et ancienne enseignante dans les Cantons-de-l’Est, leur a enseigné les rudiments de la lecture et de l’écriture. Elle avait elle-même une famille et les travaux de la ferme  laissaient peu de temps aux garçons pour poursuivre leur apprentissage scolaire.

Il faut dire que grand-père avait su motiver ses garçons à défricher du terrain : il avait promis de leur donner une terre lors de leur mariage. Il a tenu promesse. Quand mon père et ma mère se sont mariés en 1936, ils reçurent ainsi en cadeau une terre de 160 acres. Grand-père et mes deux oncles les aidèrent à se bâtir une jolie petite maison où je suis né.

Les trois fils de Pierre Bilodeau vivaient sur des terres voisines. Il existait un bel esprit d’entraide et de camaraderie. Ils se partageaient certaines machines aratoires. Les battages se faisaient ensemble. Les couples se retrouvaient à la messe et se recevaient régulièrement. Nous, les nombreux cousins et cousines, fréquentions la même école et, assez souvent, nous rassemblions le dimanche après-midi pour jouer à la balle, patiner sur les « sloughs » (étangs) en hiver et courser à dos de cheval.

Mes oncles Henri et Léo ont vendu leur ferme dans  les années 1960 et ont déménagé leur famille en ville. Celle de mes parents est restée dans la famille. Mon frère qui l’a cultivée pendant de nombreuses années l’a transmise à son fils. Quand je vais dans l’Ouest, j’aime bien aller faire une promenade en toute quiétude sur cette ferme riche de souvenirs.

Ma mère qui a vécu sur cette même ferme pendant plus de 50 ans réside aujourd’hui dans une résidence pour ainés à Debden dans ce même village qui l’a vu naitre. Je suis fier de vous la présenter et de souligner qu’elle fêtera ses 102 ans le 29 mars prochain. Est-ce que sa longévité a un fondement génétique ou c’est la terre sur laquelle elle a passé de nombreuses années qui avait un pouvoir quelque peu magique ?

                                                         Henriette Bilodeau, 102 ans

Grand-père Pierre Bilodeau est décédé à l’âge de 69 ans aux rênes de ses chevaux, en train de labourer le champ de son fils Léo. Il avait trimé dur toute sa vie. Je me demande s’il était content de sa décision d’avoir quitté Laconia pour mener une vie de pionnier. Il se peut fort bien que, comme plusieurs des aventuriers de son temps, la débrouillardise et le cœur au travail trouvèrent leur récompense. Ils étaient fiers d’avoir réussi à faire bien vivre leur famille malgré des conditions difficiles.

Cinquante ans après l’arrivée de mon grand-père dans l’Ouest, je migrais au Québec, une aventure qui n’avait rien de comparable avec la sienne, sauf peut-être le même gout d’aller voir ailleurs et d’y faire son nid. Et je planifie présentement ma vie comme si j’avais la garantie que le grand âge atteint par ma mère me permettra à moi aussi d’entreprendre de nouveaux projets.

Je souhaite en discuter avec ma mère à Debden lors d’un voyage en juin prochain.

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