Une dette à rembourser

Une dette à rembourser par Line Lebeau

L’objet que je vous présente est un souvenir de ma grand-mère, décédée lorsque j’avais 10 ans.

Un beau dimanche sur le perron de l’église, deux amies d’école m’invitent à dîner au resto du coin. Elles étaient des filles uniques et moi j’étais d’une famille de 4 enfants avec un revenu plus modeste. Elles m’informent qu’il en coûte 45 sous pour une commande de frites et boisson gazeuse comprenant les taxes et le pourboire. J’ai vraiment le goût de me joindre à elles, mais je sais que je n’ai pas suffisamment d’argent de poche en réserve pour me payer ce dîner. Je cours à la maison pour demander à ma mère de devancer ma “paye” de 50 sous que je devais recevoir le mercredi suivant pour me permettre de rejoindre mes amies au restaurant.

Ma mère refuse catégoriquement de devancer ma paye. Pourtant, je suis une enfant sage et obéissante et je fais toujours mes tâches quotidiennes et hebdomadaires comme exigées pour mériter ma paye. Je suis peinée de la réponse de ma mère, mais n’insiste pas. Ma grand-mère qui vivait avec nous me fait signe du doigt de la suivre. Nous montons à sa chambre, elle sort son porte-monnaie de sa bourse et me remet les 45 sous nécessaires pour le dîner et me dit : Cours vite les rejoindre.

Le cœur heureux, je rejoins mes amies et me délecte de ce dîner à trois…des bonnes frites bien dorées et toute une boisson gazeuse juste pour moi! Nous marchons ensemble lors de notre retour tout en jasant entre copines. Je me sens heureuse.

À mon retour à la maison, ma sœur aînée m’annonce que nos parents sont partis à l’hôpital en suivant l’ambulance qui amenait grand-mère aux urgences. Elle venait de subir un arrêt cardiaque, couchée sur le sofa du salon en attendant l’ambulance. Grand-mère n’est jamais revenue à la maison, son décès a été confirmé par le médecin de l’urgence.

Elle n’aura jamais su combien j’avais apprécié mon dîner entre copines ni combien j’avais apprécié ce qui s’avéra être le dernier geste généreux de sa vie sur cette terre. Je n’ai jamais pu lui rembourser les 45 sous que je lui devais. Mon fils aîné, qui sera mon exécuteur testamentaire, est bien au courant qu’au moment de ma mort, il devra mettre 45 sous dans une poche de mes vêtements…je les emporterai au paradis avec moi pour les remettre à grand-maman.

Merci grand-mère, je t’aime et ne t’oublierai jamais xo,

Line Lebeau, membre de la Corpo