La cabane à sucre familiale

La cabane à sucre familiale

Je dis parfois aux personnes près de moi, pour les faire rire, que j’ai été conçu à la Cabane à sucre, tellement je l’aime. Une chose est certaine, mon père en opérait une et les 8 enfants, nous avons commencé très jeunes à la fréquenter. Ma mère nous habillait chaudement et nous couchait dans la “sleigh” pour monter à la cabane, presque un mille plus loin. C’est elle qui se chargeait de faire bouillir l’eau d’érable tandis que les hommes la cueillaient. Elle préparait aussi les repas habituellement faits de lard salé et d’œufs. En fin d’après-midi, c’était le retour à la maison pour les hommes qui devaient faire le train, pendant que maman préparait le souper pour tous. 

Il était rare de passer une fin de semaine, sans avoir de la visite plein la cabane. C’était la fête. La parenté venait de partout, même de Montréal. Nous habitions à St-Rémi de Tingwick, dans les Bois-Francs. C’était le moment de “licher” la palette alors que le sirop épaississait. Quand le sirop avait suffisamment cuit, la tire se formait, c’était la joie! Comme il y avait toujours des enfants, papa écaillait un œuf minimalement, retirait le contenu de l’œuf, pour ensuite le remplir de sucre d’érable et les donner aux petits gourmands. 

Quand je suis devenu adolescent, les “bacs” étaient habituellement pleins vers 15 h et mon père retournait à la maison. Moi, je pouvais rester jusqu’à une heure ou deux heures du matin pour finir de faire bouillir l’eau. Il y avait parfois un petit porc-épic qui venait me saluer en grattant à la porte de la cabane, Puis, je retournais à pied me reposer à la maison, très heureux si un clair de lune m’accompagnait pour égayer le chemin du retour. 

Les belles années à fréquenter notre cabane à sucre refont surface dès les premiers signes de chaque printemps. Et le tableau de Francesco Iacurto qui cohabite chez moi depuis 25 ans m’aide à les revivre durant les 12 mois qui suivent. 

Renald Mailhot, mars 2019