Un lien de parenté avec Pauline Julien

Par Jean-Pierre Allard

Récemment dans la section Des expériences à raconter du bulletin hebdomadaire d’information de la Corpo, notre président Gilles Bilodeau, nous a fait découvrir une partie insoupçonnée de sa bio, celle d’avoir été en 1966 à l’âge de 25 ans, le gérant de la boite à chanson Le Pionnier située dans ce magnifique petit village du Bas-du-Fleuve qu’est Notre-Dame-Du-Portage. Cette expérience lui a valu le privilège de côtoyer de grands artistes de chez nous à l’époque tels Félix Leclerc et Pauline Julien.

J’ai porté une attention particulière aux propos de Gilles concernant Pauline Julien qu’il a trouvée d’un contact pour le moins difficile, contrairement à Ida son épouse et je le cite : « La vigueur, la spontanéité et le rage de vivre de Pauline Julien ont transporté Ida dans un monde merveilleux. »  Pauline Julien étant la cousine de ma mère, je me suis éclaté de rire à ce passage du texte de Gilles. Celle qui avait déjà foulé les planches des grandes scènes de Paris et côtoyé l’élite de la chanson française entre 1957 et 1961 ne s’enfargeait pas facilement dans les fleurs du tapis et menait sa barque comme elle l’entendait et le voulait bien.

Je suis né à Saint-Tite, comté de Laviolette, en 1945, d’où sont originaires mes grands-parents également. Ma grand-mère maternelle Obéline Pronovost était la sœur de Marie-Louise Pronovost, la mère de Pauline. Son père Henri Julien était le cousin de Maurice Duplessis. Il était commerçant à Trois-Rivières et on peut dire que les Julien étaient des notables de cette ville et ils étaient bien connus dans la Mauricie. La famille Julien comptait onze enfants, dont Pauline, la petite dernière, née en 1928. Un de ses frères ainés André tenait un magasin de meubles à Cap-de-la-Madeleine, la ville voisine et il fut également maire de cette ville pendant plusieurs années.

Mes souvenirs de jeunesse me rappellent ce temps où les Julien se pointaient en visite à Saint-Tite. C’était toujours la fête. Ils étaient de bons vivants, aimaient le monde et prenaient plaisir à venir nous visiter. Généralement, on se retrouvaient au grand marais, un endroit en campagne, éloigné d’environ une dizaine de kilomètres du village. Mes grands-parents du côté de ma mère y avaient un chalet que l’on appelait plutôt le Camp à l’époque. Nous pouvions nous y retrouver à ce moment plusieurs dizaines de personnes le dimanche après-midi et nous ne manquions de rien. Mon grand-père Jean-Thomas Marchand, marié à Obéline, tenait le magasin général et la boutique de forge de l’endroit et il aimait payer la traite à son monde. Ce camp avait fière allure ; il a d’ailleurs servi à l’époque des Filles de Caleb au tournage de quelques scènes, dont une partie de l’histoire s’est passée à Saint-Tite dans une école du rang du Ruisseau le Bourdais où enseignait Émilie (Marina Orsini).

Pour des enfants de mon âge, mes quatre sœurs, mes cousins et cousines, voisins et voisines, le grand marais était le plus merveilleux terrain de jeux que nous pouvions espérer, des champs à perte vue, bordés par une rivière en eau peu profonde où la baignade était possible et surtout sécuritaire, un jardin format piscine olympique et la forêt en arrière du camp où se trouvait la cabane à sucre familiale, pour les retrouvailles du printemps et les excursions de chasse à la perdrix avec mon père Justin à l’automne.

André, le frère de Pauline, maire du Cap-de-la-Madeleine dont je vous ai parlé plus haut, adorait venir à Sainte-Tite avec sa famille et sa mère Marie-Louise. Il arrivait toujours avec un cadeau pour chaque enfant et une bonne provision de divin breuvage pour le plaisir des plus vieux.

En ce qui concerne Pauline, je devais approcher la vingtaine quand j’ai eu la chance de la revoir pour la dernière fois. Elle était venue faire un spectacle dans une boite à chansons à Saint-Jean-des-Piles, près de la rivière Saint-Maurice qui coule nord-sud de La Tuque à Trois-Rivières. C’était justement dans une grange réaménagée à des fins de spectacles comme Le Pionnier dont Gilles Bilodeau fut le gérant à Notre-Dame-du-Portage en 1966. Naturellement, des Julien de Trois-Rivières et du Cap, comme on disait en région, avaient fait le déplacement pour l’occasion tout comme des gens de la famille venus de Saint-Tite. Ces retrouvailles du moment avec Pauline qui étaient plutôt rares compte tenu de la carrière qu’elle menait, se sont poursuivies tard dans la nuit au grand plaisir de toutes et de tous.

Pauline était l’épouse, d’un premier mariage, de Jacques Galipeau, comédien connu de l’époque. Ils ont eu deux enfants Nicolas et Pascale. Jacques Galipeau était le frère de Georges Galipeau, journaliste et diplomate canadien, le père de Céline Galipeau, cheffe d’antenne de Radio Canada et nièce de Pauline.

Pauline a connu une deuxième union avec Gérald Godin, journaliste et homme politique qui est décédé en 1994, après avoir combattu un cancer du cerveau pendant plusieurs années. Nous savions tous que la perte de Gérald, son alter égo en quelque sorte, était pour elle un moment charnière de sa vie, d’autant plus qu’elle-même vivait difficilement avec une aphasie dégénérative depuis le début des années 80.

Quelques années après le départ de son homme, elle a pris la décision de partir le rejoindre dans un autre monde, c’était le 1 octobre 1998, elle avait 70 ans.