Une tradition familiale

Une tradition familiale…dont je ne peux me passer !
Texte de Line Lebeau

Pour moi, tout a commencé après la naissance de mon deuxième fils. À cinq semaines de vie, il a été hospitalisé, car il était sous son poids de naissance. On m’a recommandé de changer sa formule de lait maternisé pour une formule à base de soya, pensant qu’il était intolérant aux produits laitiers. La gestion de son poids étant toujours difficile, à 9 mois, il fut de nouveau hospitalisé pour une perte de poids importante.

Ne trouvant pas de raison évidente à son problème de croissance, une équipe médicale du CHEO a émis l’hypothèse que moi, sa mère, en était la cause… Quel cauchemar! Me faire accuser de rendre mon enfant malade, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Finalement, il a été suivi par un gastroentérologue du CHEO pendant deux ans. Celui-ci a posé l’hypothèse que mon fils, en plus d’être intolérant aux produits laitiers et ceux à base de soya, était fort probablement intolérant à d’autres aliments.

Afin de vérifier cette hypothèse, il gérait le régime de mon fils et me donnait une liste restreinte d’aliments à chaque deux semaines que je devais utiliser pour le nourrir jusqu’au rendez-vous suivant.

J’ai ainsi été contrainte à le nourrir pendant deux ans avec un régime strict en alternant l’essai de différents aliments tout en suivant la progression de son poids aux deux semaines. Je me suis donc retrouvée du jour au lendemain au magasin d’aliments naturels où je n’avais jamais mis les pieds – on parle des années 80 – avec une liste d’ingrédients dont je ne savais que faire!

J’ai fait un nombre incroyable de tentatives de recettes souvent jusqu’à minuit pour essayer de lui donner quelque chose de « mangeable » le lendemain. Combien de plats ratés et jetés aux poubelles avant d’aller me coucher, découragée en me demandant ce que je pouvais lui donner à manger le lendemain…je ne saurais le dire !

C’était difficile pour lui et pour moi de le restreindre à manger des choses différentes de nous, et surtout, quand son grand frère demandait un biscuit et que je n’avais pas réussi à en faire pour lui avec les quelques ingrédients de ma liste. Ça me brisait le cœur de lui dire non, mon petit chou d’amour, tu ne peux pas manger ça…alors que son frère se régalait !

C’est à partir de là que j’ai, entre autres, dû commencer à faire notre pain, car jadis tous les pains du commerce contenaient soit des produits laitiers, soit du soya. J’ai donc suivi un cours de fabrication de pain avec la jeune Marie Couture chez Sol épicerie Santé, à Aylmer.

Une fois la technique maitrisée, je me suis souvenue que, quand j’étais jeune fille, mon père avait essayé à quelques reprises de nous faire le fameux pain aux tomates de son propre père qui avait déjà travaillé dans une boulangerie où il faisait du pain aux tomates pour le temps des fêtes. Comme mon grand-père était décédé et que mon père avait eu quelques échecs dans ses tentatives de reproduire la recette – non écrite – de son père, je me suis servie de mon expérience nouvellement acquise pour faire un pain aux tomates et l’apporter à mon père pour le surprendre, et surtout pour savoir si ça ressemblait à son souvenir d’enfance.

C’est depuis ce jour que je fais du pain maison aux tomates, à l’avoine et raisins, aux brisures de chocolat (invention personnelle pour servir à mes fils au déjeuner de Pâques), au fromage, etc.

Encore aujourd’hui, je ne peux me passer du plaisir de pétrir la pâte à pain (moment paisible et relaxant qui me « grounde ») et surtout, surtout, de l’odeur du pain qui cuit… Merci Marie Couture, je pense encore à toi lorsque je fais du bon pain maison. Je suis donc la troisième génération à pétrir ce pain aux tomates au goût unique. J’espère qu’un de mes fils voudra à son tour perpétuer cette tradition !

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