Mes origines

Un récit de Renald Mailhot

Oui, mon lieu d’origine me revient souvent en mémoire. C’est à St-Rémi-de-Tingwick, mon beau petit cocon des Bois-Francs, que la vie m’a façonné et je garde un excellent souvenir de mon village et de notre vie sur la ferme.

Bien sûr, il y a probablement eu des moments moins faciles, mais ma mémoire les a évacués depuis longtemps. La qualité de vie que nous avons eue à la maison a vite primé sur ce qui a été moins agréable. Mon père et ma mère étaient doux avec nous, tout en ayant de la discipline évidemment. Ils écoutaient beaucoup et nous ont appris à communiquer les uns avec les autres. Chacun avait son tour pour s’exprimer, c’est comme ça qu’on a bâti nos vies par la suite.  Je revois souvent certaines images de ma petite enfance et j’en partage quelques unes avec vous.

Dans mes souvenirs, mon père était un homme calme, posé, sage. Peut-être plus que tout, il était bon. Plus à l’aise de manifester son affection que maman, je l’ai souvent vu sur la chaise berceuse, avec les plus jeunes de la famille assis sur ses genoux ou sur les bras de chaise. Et quand une des filles était encore au berceau, chaque fois que papa revenait de la traite des vaches et qu’il entrait dans la maison, elle devenait tout excitée : ses bras et ses jambes gigotaient de joie. Il en riait et se lavait vite les mains pour la prendre dans ses bras et lui faire plaisir en la berçant.

À l’automne, une fois que les navets avaient été cueillis, notre père en rapportait régulièrement un de l’étable et s’amusait à le gratter avec un couteau. Cela formait un genre de purée qu’il donnait à tour de rôle aux trois enfants assis sur lui.

De son côté de maman, elle aimait beaucoup chanter, faire des blagues et s’amuser. Quand la visite des États-Unis venait rencontrer les grands-parents le 4 juillet, il pouvait y avoir plus de 20 personnes dans la maison. Tout en épluchant les patates et en faisant d’autres tâches, notre mère continuait de parler avec tous, suivant la conversation comme si elle était assise avec eux. Elle avait une voix forte, qui portait loin, je crois en avoir hérité. d’ailleurs.. Avec la famille des alentours, c’était davantage au Jour de l’An qu’elle chantait, dansait et racontait ses histoires, parfois un peu salée, mais ça, on ne le réalisait qu’un peu plus vieux.

Je me souviens qu’un 6 janvier, le jour des Rois, il y avait une tempête de neige accompagnée d’un froid cinglant. Une dame a commencé à ressentir les signes de l’accouchement avec tous les symptômes d’une possible éclampsie. Elle demeurait de l’autre côté du village, à plus d’un kilomètre de chez nous. Aucun médecin ne pouvait venir l’assister, les routes étaient fermées. Personne d’autre au village ne voulait lui servir de sage-femme, car elles craignaient qu’elle meure en couches. Sensible à la détresse de cette lointaine voisine, maman décidait de se rendre au village à pied malgré la tempête. Papa accompagnait maman pour la première partie du trajet, puis des hommes du rang se relayaient jusqu’à ce que le futur papa vienne au-devant d’elle. Grâce aux indiscrètes lignes de téléphone partagées, la progression de la marche se suivait facilement d’une ferme à l’autre.

La mère et l’enfant sont encore vivants aujourd’hui.

Comment je pourrais oublier mes origines ?

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