Un p’tit village

UN P’TIT VILLAGE
Par Carol Goulet, d’origine acadienne

On était la seule et la dernière famille française à vivre dans ce petit village de Great Village, anciennement appelé Petit Louis en 1630, dans l’vrai premier ACADIE en Nouvelle-Écosse ; il n’y aura pas de jeunesse de remplacement. On allait à messe une fois par 40 jours en toute, en buggy comme les anciens.  J’ai souvenance itou, qu’étant p’tite fille un p’tit brin plus tard, l’oncle Tipitt à Auguste à Théophile faisait assoir les parents dans cab du truck, pis le reste de la famille toute ben attifée ben propre, on embarquait dans boite en arrière.

On partait de bonne heure le matin pour la sainte messe.  J’vous dis qu’on s’faisait brasser de toé bords, pis toé côtés, dans c’te boite, sus ce chemin de terre bon en toute pour des… tracteurs.  C’était plein de trous, des roches, des zillons, des tournants, pis les côtes…  Des fois, la Ford arculait au lieu d’avancer, par rapport qu’les roues spinnaient dans l’vide en arrière.  C’est de cette manière que Tipitt conduisait pour quinze miles durant.

Avec tout c’te borouettâge, on arrive enfin à l’église avec plein d’poussière dans tignasse, pis sur les hardes.

On s’assoyait en arrière avec nos tas d’poussière pour écouter le prêtre dire sa messe, pis son sermon. Après on retournait back à la maison jouqués dans boite en arrière encore.  J’vous dis qu’il ne fallait point espérer de fantaisies en toute.

Une fois que j’étais seule avec grand-mère, je lui ai demandé pourquoi on allait à messe une fois par 40 jours en toute ?

‘’C’est parce que le prêtre catholique français fait le tour des paroisses en Nouvelle-Écosse.’’ qu’elle m’a expliqué.

Bien moi, dans ma p’tite tête de p’tite fille, je ne comprenais point : ’’Qu’on disait 40 jours ?’’  Ça n’a point de bon sens.  Tu peux point calculer 40 divisé par 7…  Il y a toujours des jours qui traînent ou… qui manquent.

« Mais grand’mère, pourquoi on va à c’te messe-là ?  Il y en a ailleurs dans d’autres églises plus proches.’’

‘’C’est parce que la messe est en français.’’  qu’elle m’a répondu.

‘’Mais… grand’mère… la messe est en latin !’’

‘’Ça ne fait rien, le sermon est en FRANÇAIS.’’  Qu’elle me dit.

Ouf…  C’était très malaisé… de jongler… pis de faire des questionnements… Ouf…    Oui, cette grand-mère née au Massachussetts pour être plus tard placée, à ses deux ans, dans un orphelinat au Québec et ce grand-père acadien né au Nouveau-Brunswick obligeaient les enfants à parler français.

‘’Tu disons point un mot d’englas dans la masan, tu parlons franças’’ disiont ce grand père.

Hé oui, une bonne escousse plus tard, pas mal plus tard, j’ai compris que c’est à cause de ces grands-parents francophones que je parle français encore aujourd’hui, ainsi que mon fils et ma petite fille qui vivent dans un petit village en Ontario, où ils sont à peu près les seuls francophones.

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