Une intrusion dans mon logement

Un récit de Carol Goulet

Un bruit anormal me réveilla en plein milieu de la nuit. « C’est étrange, me dis-je, je suis seule dans ce logement. Mon mari est à la caserne cette nuit. »

Je figeai sous mes couvertures, raide de peur, en pensant que quelqu’un s’était introduit chez moi, au troisième étage de l’édifice. Je ne voulais surtout pas me faire traquer dans mon lit, là où je n’aurais aucune chance de me défendre.

J’entendis un léger frottement sur le plancher. D’instinct, je bondis et empoignai la 30-30 juste-là à côté du lit. 

Plus rien !

Je paralysai de nouveau. Un cognement en provenance de l’arrière du logement parvint jusqu’à ma chambre.

J’avais déjà l’habitude de faire du tir. Mon geste était devenu machinal à force de pratiquer. Mais cette fois-ci, le danger était réel.  Pas une cible, plutôt quelqu’un ?

Je chargeai et poussai le cran de sûreté de la carabine. J’épaulai fermement, puis posai un doigt sur le chien.  J’étais prête.

Aucun bruit. J’arrêtai net. J’avais l’impression que l’intrus pouvait entendre mes battements de cœur, tellement ils résonnaient fort dans ma tête.

Une série de petits martèlements répétés se produisirent. Je sortis de la pièce sur la pointe des pieds.

Je savais bien qu’un jour cela arriverait. À plusieurs reprises, on m’avait suivie le soir, en allant ou en revenant de la piscine. Une fois, deux jeunes hommes m’avaient coincée entre eux et pour me défendre je leur donnai un bon coup de coudre direct, BANG, dans l’estomac ; pliés en deux, ils ont figé.  J’ai couru jusqu’à la piscine.  Ouf…  Une autre fois, un individu louche m’avait accostée.  Pour me protéger, j’avais raconté que j’étais la fille du propriétaire du dépanneur et que j’y demeurais. J’y étais entrée, et en courant vers la cuisine, j’ai crié : ‘’Allô p’pa !  Allô m’man !’’

 Cette situation m’énervait et j’en avais parlé à mon mari.  Celui-ci, très inquiet, avait demandé un permis de port d’arme, au cas où un indésirable se présenterait.  On lui avait répondu : ‘’Monsieur, achetez un chien à votre femme.’’  Hé oui, désormais, un chien métallique me répondait au doigt.

Ce soir, c’était différent. Un importun avait trouvé notre entrée par la ruelle du 85, rue Beaumont à Montréal.

Qui ? Oh ! Et encore ces bruits !

J’avançai furtivement dans le salon et scrutai les alentours. Pas âme qui vive.

Il ne restait que la cuisine à inspecter. Je m’y dirigeai, tremblante d’effroi. Confrontation inévitable.  Tous mes sens aux aguets. J’étais tout près de la source du son. Je tenais fermement la 30-30 d’une main et, de l’autre, j’allumai.

Trois poussins adoptés le jour même, et dont j’avais oublié l’existence, fêtaient Pâques dans une boîte de carton.

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